Archive for the ‘Acquisition de connaissances’ Category

Beaucoup de monde parle aujourd’hui de la génération Y, des digitales natives, de la génération x etc. C’est à dire les différentes générations qui se retrouvent sur le web aujourd’hui et qui s’échelonnent de 12/13 ans à 45 ans ++.

J’ai vu ces trois générations passer dans le CDI où je travaille et j’ai donc vécu les difficultés et les débats liés à l’intrusion de l’informatique et surtout d’internet depuis 15 ans.

Aujourd’hui ces générations sont objets de discours. Ce discours est porté par un groupe de personnes, qui pour la plupart sont de la génération x. Et ce discours s’articule autour de deux axes : une révolution en cours ou un manque de méthodes.

Les digitales natives vont-il révolutionner le monde ou alors sont-ils une inconscience à venir ?

Moi, ce qu’il me semble surtout, c’est que l’école a abandonné ce terrain à la fois dans l’usage des outils mais aussi et surtout dans la formation culturelle et citoyenne de ces générations.

De qui parle-t-on ?

On en parle beaucoup de ces generation x, generation y, digitales natives… Les premiers, pour les plus vieux sont nés en 1967 (comment faire pour ne pas paraître trop largués). Ceux sont les enfants de la télé. Dans une fête, quand on chante capitaine flam, c’est eux (enfin nous, moi surtout)! Ils ont découvert Internet, ont useneté et listedediscuté comme des dingues, ont viré geek quand c’est devenu l’époque. Ils ont encore des réseaux et des câbles pleins les yeux, des serveurs, des protocoles…

Les Y ont 20-25 ans pour les ancêtres. Ils sont napsterien,s tendance WoW. Ils ont retenu le meilleur du peer (facile). Ils sont multimedia même IRL. Ils se foutent de l’effondrement de la bulle de 2001 et sont google addict. Ils ont des dreads (enfin certains) des pantalons qui bouffent…

Les digitales natives ne savent pas qu’internet a été inventé. Ils sont sur Facebook… Tous ! Mais aussi sur MSN, sur e-bay, sur…

… En même temps !

Et dans nos formations

Pendant ces 15 années où j’ai vu passer ces trois générations, l’évolution des pratiques a été flagrante. Il y a quinze ans il fallait passer son temps à expliquer le fonctionnement d’un logiciel (appropriation des outils) avant de se préoccuper de démarche. Le B-A BA consistait à indiquer que le carré gris en bas à droite était un bouton et que si on cliquait…

L’évolution technologique intuitive des outils en même temps que des pratiques multiples ont complètement changé l’optique la donne. Aujourd’hui, tout l’aspect commande du logiciel (ou du service) est intégré, par contre nous nous heurtons à un autre problème. Nous ne sommes pas légitime auprès des lycéens (et aussi un peu des étudiants que j’encadre à Limoges) pour proposer des formations autour d’internet. 

J’ai l’impression que ce n’est pas un objet d’apprentissage, c’est une immanence et un lieu réservé ! Les formations que nous proposons sur la recherche d’informations ne conduisent pas à grand chose. Une fois la formation terminée, ils reprennent leurs anciennes pratiques. Alors que se passerait-il si nous proposions une formation qui s’appuie sur facebook !

Nous manquons de vocabulaire

Je crois que cet écart est du au fait que nous ne parlons pas de la même chose quand nous abordons l’internet. Internet, ça ne sert pas à rechercher de l’information, ou alors de manière anecdotique ! Internet, c’est comme la cour de récréation, les adultes n’y ont pas leur place !

En même temps les pratiques établies le sont en dehors de l’école. Difficile alors pour l’éducatif de se réapproprier quelque chose qui échappe très largement à son domaine de compétences.

En même temps, nous n’abordons pas internet avec le même prisme. Là où nous parlons méthodes et démarches, eux évoluent dans des espaces multiples, à très haute vitesse. Voir les plus et les moins chez Christophe ; voir aussi le témoignage de père de famille de Philippe Martin quand il observe son dernier enfant.

Donc pas étonnant que les diverses enquêtes (l’enquête belge sur la recherche d’information, l’enquête bretonne sur les doctorants) nous avertissent sur les difficultés à avoir une pratique réflexive sur l’outil.

Et dans le même temps, beaucoup de blogueurs voient en eux l’avenir radieux des organisations. Ils nous les décrivent positivement comme multitâches, désinvoltes, ne voulant pas s’ennuyer, mettant au premier plan leur travail… (du pain béni pour les DRH à condition de prendre en compte leurs besoins).

Oui mais… Dans tous ces discours (et je suis complètement d’accord avec le premier), il y a quelque chose qui me gêne. C’est nous qui parlons, et nous c’est la génération x. Et quand nous parlons, nous le faisons en enfant de la télé qui avons analysé comment nous nous sommes approprié puis désintéressé de cette lucarne pour jouer sur de nouveaux écrans. nos discours oscillent donc entre fascination et analyse critique référant au monde documentaire dont nous sommes issus.

J’ai parfois l’impression que le web, et particulièrement le 2.0, du
moins ses commentateurs avertis, est aujourd’hui la propriété d’une
classe intermédiaire qui vient du monde du livre et qui a la culture nécessaire pour pouvoir évoluer dans ce monde là.

Mais cette génération va être balayée par quelque chose qui arrive, ce que les contempteurs appelle la génération Y. Et personne ne peut prétendre savoir ce qui va se passer. Cela me fait penser aux textes de lovecraft comme la couleur tombée du ciel. Quelque chose arrive mais on n’a pas le langage pour le décrire, alors on utilise imparfaitement des images connues mais qui sont fausses.

Et maintenant une intuition : un besoin de culture

Il y a quelques temps j’ai commenté un billet de Jérôme Bondu intitulé Internet participatif : aussi intelligent que le cerveau d’une mouche commentant lui-même les arguments d’Andrew Keen sur le "mythe de l’amateur".

Il revient notamment sur l’absence de culture que démontre le web. C’est un argument que je trouve très juste. ma veille me conduit à suivre des fils rss de gens qui ont une culture. Et beaucoup de ces gens défendent parfois l’idée de l’inutilité de la culture (ce n’est absolument pas ce que dit Jérôme dans son billet). Mais pour pouvoir faire ce que ces gens font, il faut une culture importante.

Revenons sur la récente enquête belge : cette génération aurait 7,65/20 en recherche d’information. Et faire une recherche d’information requiert une culture nécessaire et pas seulement de savoir manipuler une interface technique ou sociale. On ne peut pas faire une recherche si on n’a pas identifié un besoin d’information et pour identifier un besoin d’information, il faut une matrice culturelle.

Pour moi cela revient à avoir un terreau de connaissances sur le sujet de recherche et une vision globale de ce qu’est l’information, une réflexion sur le monde qui conduisent cette recherche et qui permette notamment de faire le tri, un regard critique sur le monde qui nous entoure, une éthique et une vision politique de soi, des autres, de la Cité.

Alors que penser ? Est-ce que les critères proposés sont obsolètes et inapplicables à cette nouvelle génération ? Cette note de 7,65 ne représenterait alors que le mode de pensée du vieux monde ?

Et maintenant une intuition : un besoin de citoyenneté

Pour dépasser ce clivage entre usage réflexif vs fluidité d’usages je crois qu’il faut revenir à l’éducatif. Et qui dit éducation, dit vision politique de la société que nous voulons, nous parents (et non plus génération x) pour nos enfants. Arrêtons de segmenter et reprenons la main que nous avons laissé aux medias.

J’ai aussi l’impression que les enjeux qui priment aujourd’hui nous conduisent à privilégier l’efficacité au détriment de l’éthique. C’est un fait que l’école tend à devenir un lieu d’apprentissage centré sur le couple compétence/connaissance et contre celui du savoir/culture. Ces apprentissages-ci étant renvoyés dans la sphère familiale et donc renforçant l’héritage culturel.

Il ne peut y avoir d’éthique sans une solide culture personnelle, alors qu’on peut avoir des travailleurs efficaces sans culture.

Je ne sais que penser ! Réflexions en cours.

Webographie

http://www.vaninadelobelle.com/Analyse-sur-la-generation-X_a1067.html

http://philippemartin.soup.io/post/7177221/Les-digital-natives-la-g-n-ration

http://www.enseignons.be/actualites/2008/05/25/les-jeunes-incapables-de-sinformer-sur-le-net

http://www.jobetic.net/Sur-le-web-2-0,-les-de-30-ans-parlent,-les-de-30-ecoutent-_a1627.html

http://bibliothecaire.wordpress.com/2008/10/07/google-generation

http://www.newzy.fr/management/cadres-lemergence-de-la-generation-dolto.html

http://www.epn-ressources.be/dominique-pasquier-sociabilites-adolescentes-et-technologies-numeriques

http://urfistinfo.blogs.com/urfist_info/2008/05/digital-natives.html

http://www.lemondeinformatique.fr/dossiers/lire-digital-natives-ils-vont-bouleverser-l-entreprise-68-page-1.html

http://www.cluster21.com/blog/christophe_deschamps/les_digital_natives_inventent_le_web_qui_leur_ressemble

 http://www.inter-ligere.net/article-20815657.html

http://knowledgemouv.blogspot.com/2008/06/un-billet-de-jrme-bondu-intitul.html

http://culturedel.info/grcdi/wp-content/uploads/2008/10/seminairegrcdi_2008_aserres_stiegler-et-culture-info.doc

J’ai lu dernièrement un billet de Sylvain à qui j’ai d’ailleurs fait un commentaire sur le réseau apprendre 2.0. Il s’étonnait de la politique canadienne en matière d’équipement informatique dans l’enseignement. A propos d’un plan d’équipement de 1996 (Marois), il dit :

Ce plan prévoyait l’achat massif de "quincaillerie", d’ordinateurs, mais absolument rien au départ pour les logiciels et pour la formation des enseignants… Disons que ça partait mal…

En fait cela me rappelle étrangement la politique française en la matière, et je pense que chaque pays doit avoir des exemples identiques à proposer.

Comme je le disais dans le commentaire que j’ai adressé à slyberu, cela me rappelle aussi les cadeaux de Noël des enfants. Chacun veut faire un cadeau, les parents, les grands parents, tatie, mamie etc. On se retrouve alors avec des objets à n’en plus savoir qu’en faire. Mais les enfants ne jouent pas ! Car un cadeau ne prend de valeur que dans l’accompagnement proposé par les parents pour que l’enfant se l’approprie : « Dis papa, tu veux jouer avec moi » !

Fondamentalement, l’intérêt d’un objet, que ce soit un cadeau de Noël ou un ordinateur réside dans l’usage que l’on peut en faire. On imagine que donner l’objet crée l’usage comme si les futurs utilisateurs étaient toujours des adultes autonomes. Mais même des adultes autonomes ne peuvent pas l’être toujours, tout le temps et pour tout.

 Photos Libres

Les objets comptent donc moins que les hommes, ceux qui vont apprendre à s’en servir et ceux qui vont les aider.

Dans ces usages, il y a à la fois l’apprentissage de l’outil, la compétence de base technique : j’appuie sur le bouton et ça fait une action et aussi la compétence supérieure qui en est l’usage véritable : j’utilise l’outil non plus pour réaliser une action mais pour un projet précis.

je sais piocher, ne veut pas dire je sais faire un trou de x profondeur pour planter un arbre.

L’appropriation n’est pas l’usage, mais elle le précède nécessairement ! Et souvent, le défaut d’autonomie se rencontre dans cette première phase mais c’est toujours sur la seconde que va porter les critiques. Ne pas maitriser l’outil renvoie souvent à ne pas savoir conduire le projet. C’est parfois vrai, parfois non !

C’est peut être la grande difficulté que nous rencontrons avec notre génération (les vieux soit les plus de 25 ans 😉 pour l’appropriation des wervices web et des réseaux sociaux. Souvent le problème dans l’usage d’un webservice c’est de savoir s’identifier.

C’est aussi la grande difficultés que nous rencontrons avec les digital natives. Ils savent se mouvoir dans les espaces web mais est-ce qu’ils savent prendre de la distance face à l’outil pour conduire un projet ?

Dernièrement, avec le réseau apprendre 2.0, nous avons eu une présentation, fait par Erwan de Moodle.

Et toujours persiste chez moi cette impression que je ressens sur la distance dans l’apprentissage : la distance rapproche.

En parlant de Moodle et de sa mise en place, Erwan nous a montré que son rôle d’enseignant changeait. Il n’est plus le dispensateur des savoirs, il est devenu un accompagnateur.

L’outil permet une plus grande souplesse et une plus grande individualisation dans la relation pédagogique avec les étudiants. D’autant plus que l’outil permet de faire une suivi statistique des activités des étudiants. Pour eux, il n’est plus question de se cacher derrière de faux arguments car l’outil statistique est là pour calculer leur fréquence d’usage. Bien entendu les étudiants sont au courant de ces statistiques, ce qui peut probablement occasionner quelques biais.

Un autre intérêt, c’est le gommage du phénomène « grosse gueule » dont parlait déjà Richard Collin lors des étés TIC de Rennes 2007. Erwan nous a rapporté le cas d’une étudiante qui ne s’exprime jamais dans la classe, qui n’est pas très bonne, mais qui utilise à très bon escient la plateforme pour comprendre et progresser et qui s’y exprime beaucoup plus facilement qu’en classe. Comme si il y avait deux étudiantes en elle, celle qui est réservé en classe et celle qui s’exprime sur la plateforme et qui a noué une relation autre avec le formateur.

Mon expérience de l’apprentissage à distance va dans ce sens. j’ai travaillé avec des gens avec qui je n’aurais probablement pas travaillé et surtout avec qui je n’aurai pas eu la même liberté. Le fait d’être en présence des gens créé des phénomènes de retenues. Et la distance change la relation, un peu à la manière des hérissons de Schopenhauer.

« Une légende sibérienne — reprise par Schopenhauer — met fort opportunément en scène des hérissons pour théâtraliser [l’]éthique de la distance idéale. Deux animaux se trouvent dans un endroit désert et gelé. La neige épaisse et la glace abondante les contraignent au grelottement, au péril et au risque de la mort par le froid. De sorte qu’ils se rapprochent, se côtoient physiquement, et finissent par se réchauffer — mais pour ce faire, ils se touchent, puis se piquent. Afin d’éviter la piqûre, ils s’éloignent, prennent de la distance, se séparent — mais se mettent à nouveau à éprouver la morsure du climat. Excessivement proche d’autrui, ou trop éloigné de lui, les risques négatifs paraissent semblables : un écoeurement de déconvenue et de solitude, une nausée de désappointement ou de réclusion, une lassitude, un désenchantement, un dégoût généralisé. » –
M Onfray sité via ce commentaire à ce billet http://emiliefolie.blogspot.com/2006/02/lanimalerie.html

La distance lève les appréhension et change le rôle de l’enseignant. Elle permet une autre liberté.

Pour finir, je vous renvoie à cette vidéo de l’université de Nantes sur le rôle d’un tuteur en université. Je la trouve vraiment intéressante car concrètement, elle dit que la distance rapproche. Je m’explique la distance géographique est abolie par les TICE mais il y a aussi la distance temporelle et surtout la distance inter-personnelle qui est abolit, « le décorum de l’université ».

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J’ai racconté comment j’ai cru voir dans un accident que j’ai vécu un peu de sérendipité. Ce même accident m’a aussi interrogé sur une autre fonction importante, celle de prescripteur.

Je viens d’enlever le pare-brise. la camionnette est sur le côté droit. Quand j’ouvre, le conducteur est au dessus d’une pile  de deux autres jeunes gars. Il essaie de s’extirper vers le haut (la fenêtre conducteur) sans succès. Une fois la stupeur de mon apparition passée, il détale comme un lapin. Il a juste une profonde entaille sur l’avant-bras.

En dessous, un deuxième gars gémit, sonné. On va l’extirper de là avec le conducteur et d’autres personnes arrivées sur les lieux de l’accident. Le troisième est conscient, n’a aucune lésions, mais il est coincé. Impossible de le sortir par l’avant.

Il me dit alors qu’il y a suffisamment d’espace entre la fenêtre passager et le sol pour qu’il puisse sortir seul. il me demande alors l’autorisation de sortir par là.

Stupeur ! Quel est donc ce grand pouvoir qui m’habite pour décider cela ? Après tout il est majeur, il peut prendre ses décisions tout seul ! Mais c’est à moi qu’il demande car je suis celui qui à enlevé le pare-brise et est venu les sauver !

Me voici investit d’une immense expertise ! Me voilà ainsi devenu l’alpha et l’omega du traitement de l’information ! Je sais, lui non ! Ou du moins ce qu’il sait (je n’ai pas vu qu’il pouvait sortir par là) a besoin d’être validé par celui à qui on prête une connaissance supérieure. Immense pouvoir !

Sur cet accident je suis devenu le prescripteur, celui qui dit et qui valide.

Cette fonction, on la retrouve dans le prof de discipline dans la légitimité qu’il a acquis comme détenteur du savoir. Il est celui qui prescrit le savoir, considéré comme une alchimie obscure et initiatique. Et sa légitimité sera d’autant plus grande que sa discipline est prestigieuse (histoire, philo) et que sa réputation est fameuse.

C’est aussi ce qui explique à mon avis que des professeurs ne puissent pas se reconnaître dans le terme de formateur (cf. une application professionnelle que je suis en ce moment pour l’université de Limoges). Un professeur est celui qui détient le savoir, un formateur est celui qui transmet des compétences. Il n’y a pas de magie dans le second.

Cette fonction, on la retrouve aussi quand il s’agit de monter une communauté virtuelle avec la figure du parrain (cf CEFRIO). il est celui qui donne les grandes lignes de la communauté et qui veille de loin à sa mise en oeuvre. Son charisme est suffisant pour que chacun accepte la ligne tracée, ce qui va faciliter grandement le travail des coaches et animateurs de la communauté, ainsi adoubée. C’est cette main posée associée aux talents particuliers des animateurs qui les rends prescripteurs dans leur domaine.

On pourrait aussi parler du pharmacien ou du médécin ou du prêtre à qui on remet si facilement nos vies et nos âmes.

Pour qu’il y ait prescription, il faut qu’il y ait un contrat, une relation établie dans laquelle les deux parties reconnaissent "naturellement" et souvent de manière implicite la prépondérance, par la connaissance, de l’une sur l’autre. L’un sait, l’autre ne sait pas.

Mais il faut aussi qu’il y ait une part mystique chez le prescripteur qui lui est conféré par le temps ou par l’âge (la sagesse des anciens), ou délégué par un parrain charismatique ou par la nature alchimique des connaissances à transmettre.

Dans le cadre de mon accident, le changement dans la routine (la longue file de voiture qui vrille quand une dérape et part dans le talus) a conféré au premier arrivé une légitimité circonstancielle que l’acte magique d’enlever le pare-brise a renforcé.

Et nous, pauvres documentalistes de quoi sommes-nous prescripteurs, confondu avec un lieu, sans légitimité de connaissance, sans soutien institutionnel …?

Je reprends avec ce billet, le fil d’une activité dont j’ai déjà parlé ici et ici : le tutorat que j’assure à l’université de Limoges.

Nous accompagnons les étudiants dans leur travail aussi en terme de connaissances. La différence qu’il y a alors entre eux et nous c’est que nous avons déjà appliqué les savoirs théoriques acquis lors de notre année de formation alors qu’eux en sont à ce stade. Notre boulot consiste donc à les accompagner dans l’application de leurs apprentissages théoriques.Porteñitos

Quelles connaissances apportons nous ?

Nous les aidons en terme de démarche : démarche de veille, démarche de management de projet, démarche d’étude d’avant projet, démarche de management des connaissances, démarche de travail collaboratif, mindmapping et conceptmapping etc.

Nous les aidons aussi en terme d’outils et notamment tous les outils estampillés web 2.0 : blog, wiki, web services, réseaux sociaux…

 

J’ai indiqué la formation que j’ai faite avec les profs de mon établissement scolaire sur Google. Il y avait un objectif caché : inciter les enseignants à travailler sur ces questions avec les élèves.

Bon, ça a été plus vite que prévu puisqu’une prof de français est venue quelques jours plus tard pour une formation sur google avec les secondes.

Dans le même temps, Frédéric Rabat à publié la deuxième partie de son billet sur Google qui est une séance pédagogique. Autant dire que je me suis resservi du travail effectué (le mien et le sien) sans trop l’adapter aux élèves.

Ces élèves ont déjà suivi des formations toute l’année. Ils ont vu les opérateurs booléens, ils ont vu les mots clés, ils ont travaillé sur la démarche de recherche d’information, ils ont vu d’autres moteurs : le logiciel documentaire, exalead, yahoo search, quintura, ils ont travaillé sur la référence, etc.

Mais ils n’ont pas vu google ! A chaque fois nous leur disons : "il n’y a pas que Google dans la vie". Mouais ! Discours !

Bien plus que sur le contenu de la formation, c’est la démarche qui a été intéressante et que je retiens pour l’année prochaine.

Le dispositif

Ces élèves de seconde ont été regroupés, la dernière semaine selon leur orientation prochaine. Il s’agit donc de futurs élèves de première. Donc, nous avons proposé une séance avec une thématique de première en français.

Les élèves doivent, dans le cadre de cette année, acquérir une culture littéraire de base. Pour chaque auteur qui fera l’objet d’une étude, ils doivent faire des recherches sur son contexte. Cela doit aller un peu plus loin que la simple bibliographie. Nous leur avons donc demandé de faire une recherche sur Voltaire comme possible objet d’étude.

Introduction : le cadre de la formation

La prof présente donc le cadre puis, on demande aux élèves d’indiquer par oral ce qu’ils savent de voltaire. La prof note au tableau ce que les élèves disent sans commentaires. Il y a des choses justes, des approximations, des erreurs.

En même temps, au vidéo projecteur, sur le tableau blanc, une diapo "titre de la séance" s’affiche. La présentation faite, nous demandons aux élèves de faire une recherche sans autres consignes. Une demi heure de recherche. Nous observons !

Partir des méthodes de recherche des élèves, ici et maintenant

Au tableau, une seconde diapo avec 6 questions :

– Quels outils avez-vous utilisé ?

– Quels mots clés avez-vous utilisé ?

– En utilisant l’historique, quel a été votre chemin de recherche ?

– Comment prenez-vous des notes ?

– Avez-vous noté vos références ?

– Qu’avez-vous appris ?

Il y a suffisamment d’espace entre les questions pour que je puisse écrire au marqueur les réponses.

Réponse à la question 1. Quels outils de recherche ?

Trois chemins apparaissent :

– recherche directement sur google : la majorité

– Recherche directement sur wikipedia : le reste

– Entre les deux, il y a ceux qui sont passés par google pour accéder sur l’article de wikipedia sur Voltaire.

Je leur indique qu’ils ont un comportement de chercheur conforme à 90 % des utilisateurs en France… et ce malgré avoir travaillé dans l’année sur d’autres moteurs de recherche.

Je leur demande aussi pourquoi wikipedia arrive en premier dans les résultats. C’est l’occasion de revenir sur le pagerank avec cette animation d’Hubert Wassner que je trouve très bien faite.

Réponse à la question 2. Quels mots clés ?

3 séries de mots clés reviennent : "voltaire", "biographie de voltaire", "vie voltaire" (je mets entre guillemet pour la commodité de lecture mais les élèves ne les ont pas utilisés pour leur recherche).

Je présente alors mes quatre diapos sur les mots clés (nintelligent petit nélève à nous, Polnareff, expressions, attention) et je leur demande de comparer le nombre de références trouvées avec et sans guillemets ; en utilisant le "-" pour enlever des références non pertinentes, en utilisant le "OR" pour chercher voltaire OR diderot ; en forçant la présence du mot avec +déiste +voltaire…

Réponse à la question 3. Cheminement de la recherche via l’historique

Chacun, comme pour les questions précédentes, va indiquer ce qu’il a fait pour arriver sur le site qu’il est en train de lire. C’est plus l’occasion d’introduire la recherche comme un chemin dont la trace est l’historique.

Réponse à la question 4. Prise de notes

Pour cette question, il va y avoir 3 types de réponse plus une

– je prends des notes et je reformule sur une feuille de papier

– je prends des notes et je reformule sur un billet numérique

– je fais des copier-coller

– Je prends des notes en fonction de la question posée. cette réponse est celle d’un seul élève que j’exploite à cette occasion.

J’indique aux élèves que je n’apporte aucun jugement sur leurs pratiques. Je veux juste pouvoir comparer ce qu’ils font.

J’en reste là sur cette question. Vu les réponses apportées, ils savent, parce que l’institution le répète depuis la sixième, qu’il ne faut pas faire de copier coller. Alors quand la question est posée par un adulte, il donne la réponse que l’adulte attend (pas tous heureusement).

Ceci étant, vu les débats de ce printemps sur e-doc sur la prise de notes, je suis beaucoup plus circonspect sur le copier-coller.

Réponse à la question 5. Prise de références

Et là, je pleurs. Personne. Quand les profs mettront autant de hargne à travailler ce point qu’ils le font avec le copier coller ou wikipedia, on aura bien avancé ! Ceci étant, je ne suis pas persuadé que le bourrage de crâne soit la bonne méthode !

Il faudra retravailler cette question de la référence (bibliographique, référencement des notes, des sources etc.) Je pense qu’il faudrait argumenter plus sur le versant social et identitaire. Et comme le dit Bruno Devauchelle, si c’est pour faire du formalisme au détriment de l’apprentissage, cela ne vaut pas le coup. Car là aussi et la dernière question est là pour le rappeler, l’objectif est d’apprendre !

Réponse à la question 6. Qu’avez-vous appris ?

C’est vraiment la question centrale. celle qui nous permet de dire cette chose simple : "si vous venez faire une recherche d’information, c’est pour apprendre quelque chose et non pour faire une recherche pour la recherche". C’est quelque chose dont les élèves n’ont pas conscience et je pense aussi quelques docs (je ne parlerais même pas des profs – LoL !!!)

On reprend alors notre brainstorming et les élèves précisent, corrigent ou enrichissent leur travail initial !

Et là, je crois qu’on est loin de google !

Cette journée était organisé par l’ADBEN des Pays de la Loire. AU programme, une intervention de Laure Endrizzi, de la cellule de veille de l’INRP qui a fait un travail sur ce sujet il y a deux ans ; et Pascal Duplessis engagé depuis quelques années sur la didactique documentaire.

Pour commencer, je suis arrivé en retard, comme l’année dernière. J’ai vraiment du mal à me repérer à Angers, et le CDDP, encaissé dans une rue borgne, est dans un état de délabrement assez étonnant. Mais comme on sait, y’a plus d’argent !

L’intervention de Laure est sur comment utiliser cet outils de collaboration avec les élèves. Elle présente donc l’encyclopédie dans son contexte (par aire linguistique, par projet, par comparaison avec d’autres encyclopédies) en insistant sur trois points :

– Son accessibilité, notamment du à la complémentarité avec les moteurs de recherche (2% du traffic google va vers wikipedia – 65% du traffic wikipedia provient des moteurs) – C’est un projet documentaire extrêmement maillé.

– Sa portabilité. C’est la seule encyclopédie accessible sur les mobiles !

– Sa facilité d’utilisation.

Elle en présente ensuite les grandes lignes "collaboratives" :

– Neutralité de point de vue (NPOD) toujours négociées et dépendant des biais culturels dee chque projet local.

– Etat d’inachêvement permanent qui renvoie à l’idée de projet, de "work in progress". C’est là clairement un des points du débat passionné qui entoure ce produit.

– Une encyclopédie d’usage qui repose sur un savoir expérienciel, conduit par une utopie et qui voit disparaître la frontière entre l’expert et l’amateur.

Les usagers de Wikipedia sont de toutes les générations, mais pas de toutes les couches sociales ! Principalement, c’est une population privilgiée et cultivée. Enfin, on note dans les usages que si 40% des personnes viennent là pour avoir une connaissance, 30% (chiffre à la louche) l’utilise comme un espace social et d’amusement.

Clairement l’encyclopédie s’inscrit dans une mouvance 2.0 de l’User Generated Content (UGC) qui renvoie finalement aux origines du web voulu par ses créateurs d’un "read/whrite web".

Son succès est donc la conjonction de trois facteurs, c’est un ensemble organisé de savoirs, il y a corrélation forte avec les moteurs de recherche et elle est pratique.

à suivre…

Sur les anciens du DESSCVIR, un billet à propos du partage du savoir en entreprise revient sur une interview très intéressante de Martine Le Boulaire qui me permet de dessiner en creux le profil d’un pilote de flux : veilleur, knowledge manager, pédagogue, innovateur…

 

Sur Knowledgemouv, des billets de Philippe Martin sur Twitter à essayer quand j’en aurai le temps.

Retour sur une marotte la différence entre connaissance et savoir à propos d’un article de Jean-Michel Salâun. Connaissances sur Internet et savoir dans le codex ? Voire… 

Un environnement personnel d’apprentissage sous forme de mindmap issu de Mindomo. La version embarquée ne passe pas sur blogger, je sais pas pourquoi ?

Pour mémoire, trois formes de tutorat auprès des jeunes librement inspiré d’un billet de savoirspoureussir.fr

 

Sur le Jardinderiri, je me reprends un peu à blogger par là-bas. Un billet sur les clématites en fleur et un autre sur une recette à base de jambon coupé très fin, d’huile d’olive et de parmesan en copeau.

dans un premier billet, j’ai indiqué quelle était ma légitimité à être tuteur à l’université de Limoges pour l’application professionnelle du DESS communautés virtuelles.

Pour les étudiants que sommes-nous ?

En creux, nous ne sommes pas des profs, tel que l’université les présente. A savoir des personnes qui mettent en place un dispositif pédagogique à distance, des situations d’enseignement, des ressources pédagogiques, des objectifs d’apprentissage etc.

Mais l’application professionnelle n’est pas un cours non plus. il s’agit d’accompagner des étudiants adultes, en formation permanente dans la mise en place d’une communauté virtuelle.

Ces personnes ont payé. Ce sont aussi des clients. cette position de l’étudiant de Unilim est importante par rapport à un étudiant classique en formation initiale.

Les personnes ont payé et elle attendent un résultat, si possible positif mais certainement pas galvaudé. Cet étudiant, j’ai pu le dire quand j’ai fait cette formation attend un diplôme, mais plus que ça acquérir des compétences et aussi vivre une expérience. Ce dernier aspect est très important. Par exemple, l’année dernière, un des membres de la promo 107 nous a expressément indiqué avoir fait cette formation pour voir ce qu’était une formation en e-learning !

Dans cette optique-là, si nous ne sommes pas des profs, nous allons avoir d’autres fonctions très importantes.

Nous devons faire passer, auprès des étudiant un autre discours sur ce diplôme et l’application professionnelle. Nous devons arrondir les angles des consignes données par les profs. De la même manière, quand un étudiant éprouve une difficultés nous devons plaider sa cause ? Nous sommes les interfaces entre Limoges, l’application professionnelle et les étudiants. Nous sommes donc des médiateurs.

Lors de l’application professionnelle, les étudiants peuvent éprouver des difficultés conceptuelles (traitement des données de l’AVP par exemple) ou expérimentale (comment faire pour intégrer un membre dans la communauté virtuelle qu’ils veulent mettre en oeuvre par exemple). Nous sommes donc des conseils.

Nous pouvons aussi nous montrer plus directif dans les démarches à suivre. Nous pouvons apporter du contenu et élaborer avec les étudiants des stratégies. Nous devenons alors des coaches.

Le travail demandé est très implicant émotionnellement et certaines difficultés peuvent paraître insurmontable entraînant parfois des situation de désespoir. Nous devenons à ces moment-là, parfois pour certains étudiants, des confidents.

Et parfois, nous allons plus loin et n’hésitons pas, quand nous ne sommes pas satisfait du travail de l’étudiant ou de son engagement à le lui dire de manière très affirmée. Nous devenons parfois des pères fouettards.

Ces différents rôles montrent bien ce que nous sommes, des interfaces, parfois relationnel (médiateur), parfois techniques – apports de contenus, de méthodes, de pratiques partagées, de pilotage humain etc. (conseil), parfois de l’ordre du management (coaching) et toujours une bonne grosse dose de psychologique (confident et père fouetard).

Dans tous les cas, nous avons l’obligation de doser notre intervention en fonction des personnes que nous accompagnons. Un qui est indépendant et nous respectons son fonctionnement, un qui a besoin de soutien et nous le lui prodigons. A chacun selon ses spécifictés.

Et c’est un art de tous les instants.

(Ce billet est la reprise d’une partie d’un billet déjà parru ici)

 


 

J’ai indiqué ici les similitudes entre la lecture suivi de blogs et la lecture du journal comme étant un apprentissage court sur la journée mais continu sur la durée. La différence avec le journal est dans l’éclatement des sources :

– un journal, c’est une politique éditoriale et des articles, billets, dossiers qui s’inscrivent dans cette politique ;

– un blog, c’est des politiques éditoriales ; autant de blogs que de points de vue.

Cet apprentissage que je vise, à la lecture des blogs, est donc parcellaire, explosé, marqué dans le temps et au croisement des différents lectures. C’est aussi un apprentissage par redondance.

Les blogs que je lis, accessible désormais dans mon univers Netvibes (pour ceux que ça intéresse), sont en réseaux. Je lis un tel parcequ’untel le lit aussi et me la conseillé. La politique éditoriale structurante du journal est remplacé par mon réseau de lecture qui est fondamentalement une agrégation de réseaux, chacun étant son propre réseau.

Peu de nouveautés dans nos aggrégateurs, beaucoup de redondances, parfois quelques pépites, une touche de sérendipité.

Sur cette redondance, Olivier dit justement à propos de ce qu’il appelle, avec un peu d’énervement, la lazysphère

"cette Lazysphère ne serait alors que la part correspondante à nos différentes mémoires de travail ou mémoires de tâche (une sorte d’équivalent de la RAM de nos ordinateurs), c’est à dire ce lot coutumier d’informations que nous mobilisons et dont nous gardons trace de manière relativement systématique, afin d’en incarner certaines seulement dans de futures activités ou tâches davantages "construites"."

Je pense que c’est effectivement cela. C’est un apprentissage par répétition. ce n’est pas très novateur d’un point de vue pédagogique, les moines le pratiquaient déjà au Moyen-Âge. C’est le phénomène de réminiscence. Ils n’avaient (pour la plupart) jamais lu la bible mais entendu lors des différentes cérémonies. Et la redite quotidienne d’extraits bibliques avaient formatés leur mode de pensée. Ils ne s’exprimaient qu’avec des versets. Pour ce que je connais, chaque lettre de Saint Bernard de Clairvaux a au moins trois ou quatre citations bibliques.

Les blogs transmettent donc une vulgate et cette vulgate est communautaire. Ce n’est plus vraiment du Savoir, tellement le niveau de didactisation est bas et dilué mais cela reste une bonne introduction à la culture d’un savoir particulier. Est-ce à dire que c’est le café du commerce ? Je ne sais pas ! Francisque nous renseignerait peut être !

Ce n’est par contre pas étonnant que cela soit le terreau du buzz et de la rumeur.




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