Archive for the ‘lectures’ Category

Je connais le festival « étonnants voyageurs de Saint Malo depuis ses tous débuts à la fin des années 80. Le concept m’a toujours séduit, celui d’une manifestation ouverte sur le monde et sur la littérature voyageuse.

C’est en arrivant à Laval que pour la première fois j’ai assisté à ce festival. Depuis, j’y retourne tous les ans.

J’y vais pour les expo du palais du grand large. C’est ainsi que j’ai eu envie de relire Giono en regardant « le voyageur immobile ». C’est ainsi que j’ai découvert, fasciné par une photo, Bruce Chatwin et son « voyage en patagonie », et tant d’autres.

J’y vais aussi et surtout pour les rencontres avec les écrivains et pour les dédicaces. J’ai une signature de Nicolas Bouvier qui vaut tout l’or du monde et un dessin unique de ferrandez qui me représente en fumeur de chuba. J’ai vu et causé avec Izzo, avec Manguel, avec Paco Ignatio Taibo II, avec jean-françois deniau…

Depuis quelques années, je ne suis plus seulement visiteur, mais je participe au salon où je suis sur le stand d’un éditeur. Cette année j’étais chez Hoebecke. Deux jours à vendre des livres et à
discuter avec des auteurs. Bon c’est du speed, pas beaucoup de sommeil, des rigolades et un peu de vin aussi (fournisseur officiel ????)

Deux auteurs m’ont particulièrement intéressé, avec qui j’ai pu un peu échanger…

 

Tarquin Hall et son étonnant salaam london dont j’ai parlé par ailleurs et un photographe norvégien du nom de Rune Johansen, qui, sur son stand, parraissait complètement paumé à attendre que quelqu’un s’intéressa à sa production.

 

Et pourtant ses photos sont étonnantes. Elles parlent des gens de son pays et des intérieurs dans lesquels ils se réfugient, la tempête venue. Ces photos ont quelque chose d’obscène car c’est une réalité nue qu’elles présentent. Elles me mettent mal à l’aise et en même temps je les trouve extraordinaire. Elles me font penser à la peinture d’Edward Hopper.

Une autre chose que je trouve extraordinaire, c’est le jeu sur les cadres, du cadrage de la photographie, elle même, aux multiples jeux intérieurs que l’on retrouve dans ces photos. C’est presqu’une mise en abyme. Regardez la photo du dessus. Entre le sujet dont la tête pourrait être un personnage d’hopper dans son cadre et le grotesque du corps qui en sort. regardez le tapis, regardez le parti pris du photographe, regardez les lattes du murs derrière…

 

Pour revenir sur Saint Malo, ces deux auteurs ne parlaient qu’anglais. Et ben j’ai quand même réussi à avoir une conversation. Je suis assez content de moi sur ce coup-là.

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Tarquin Hall est journaliste. Pendant 10 ans, il a bourlingué, plus particulièrement dans le sud-est asiatique (Inde, Afghanistan), à la recherche de l’information. "Quelque peu fatigué d’être toujours étranger, loin de son pays" (p.17), il rentre à Londres et découvre une ville qu’il ne connais pas. C’est cette découverte qui est l’objet de Salaam London.

La flambée immobilière, l’absence de travail et son faible pécule le pousse vers le East End, le quartier cockney, le quartier multi-séculaire des migrants. Il trouve enfin à loger chez monsieur Ali, appartements vétustes aux étages, atelier clandestin au sous-sol.

En fait d’Angleterre, il découvre une ruche chamarée, composée de nations et de religions, hétéroclites. Son passé itinérant lui permet de comprendre certaines règles, mais le temps passé l’interroge sur sur ce qui a bien pu se passer depuis, dans son propre pays, lui dont le prénom renvoit à la classe moyenne britannique, des gens qui ont parcouru le monde, jamais le East End.

Passé le premier temps de désespérance, il va observer le milieu dans lequel il vit, puis commencer à échanger avec ses curieux compagnons. Tantôt "typique", tantôt cruelle les histoires singulières qu’il nous conte sont celle des immigrants.

Tous cherchent les codes qui vont leur permettre de comprendre cette société britannique, faite de froideur et de retenue, avec comme objectif de s’intégrer et comme rêve lointain, celui de quitter le East End, non par désamour mais comme symbole de réussite. Et curieusement, à travers ces rencontres, et l’année qu’il va passer dans le quartier, Tarquin va suivre le même chemin, quasi initiatique.

Mais ces immigrants ne cherchent pas simplement des réponses, ils posent aussi des questions à l’anglais, et toutes les questions renvoie à son identité : qu’est-ce qu’être anglais ?

Les deux derniers chapitres sont emblématiques de ce double mouvement : chercher des réponses pour s’intégrer et poser des questions sur l’identité anglaise.

"Un type pas si formidable que ça", c’est aktar, intellectuel bengalais, un peu pique assiette, qui va se brûler les ailes à tenter de démontrer que la culture anglais n’est qu’un bric à brac constitué d’emprunts, peut être de vols à d’autres cultures. Le symbole même de l’Angleterre, le fish and chips n’est qu’un plat de poisson juif et des frites françaises. Et demain le plat national sera le Curry ; oublié les origines indiennes ! Aktar perd ses illusions : les anglais, Le Colonisateur, ne sont en fait que les débiteurs du monde et "Banglatown [le quartier bengalais de Londres dans le East End] disparaîtra et ses habitants oublieront leurs racines" (p.347)

Hadji Syed Ullah est le dernier personnage à apparaître dans Salaam London – "Entrez affamés, sortes branchés" dit Tarquin dans ce dernier chapitre. Syed Ullah, c’est le vieil oncle radoteur que Naziz hésite à sortir ; le pénible, mais gentil quand même ! Son histoire, c’est celle d’un lascar [marins du sud est asiatique qui s’engageaient dans la marine anglaise pour les tâches ingrates, au 19 et 20e siècle] qui veut voir le monde à la recherche de "la terre de lait et de miel" (p.354) De passage à Londres, il déserte et déchante rapidement. Mais il s’accroche ! Il s’engage en 1939 car "citoyen britannique, il a considéré que c’était son devoir de participer à l’effort de guerre" (p.360)

Le train qui ramène Tarquin ce jour là, entre sa petite amie indienne qui dort sur son épaule, Anu, Naziz, celui qui veut s’instruire et qui lit Moby Dick et le vieil oncle endormi, est celui du silence hypnotique, le regard perdu dans le paysage qui défile, un rien nostalgique. C’est l’anglais qui se dit "peut être resterais-je toujours un peu un étranger ? Peut être n’est-ce pas le pire statut qui soit ?" (p. 364).

Cette histoire, ce récit, touche en moi une corde sensible. Syed Ullah pourrait être mon père s’engageant en 1942 dans l’armée américaine, en Algérie, à 17 ans, et disant à ses parents, italiens du piedmont, "vouloir bouffer du rital". Bravade de jeune homme et imbécilité de cette femme, qui lors d’un conflit de voisinage l’a traité d’étranger, devant moi.

Moins affectivement, il rejoint mes préoccupations sur ce qui fait une culture. Anglais, comme français, ont traversés les siècles en se réinventant. Le ferment de cette reconquête de soi a toujours été le contact à l’autre, par la guerre, par le voyage, par l’invasion ou par l’immigration. Et les murs n’ont jamais rien empêchés ; ils permettent juste de gagner des élections.

L’exemple typique pour illustrer ce processus, c’est l’effondrement de l’empire romain sous les coups de boutoirs barbares. Et pourtant nous sommes des latins et non des germanophones. Ceux sont les barbares qui sont devenus latin et non l’inverse et c’est souvent ainsi car ce que recherche ces vagues de populations, ce n’est pas la destruction d’un paradis, mais bien d’y avoir accès également. Londres n’était pas le "pays de lait et de miel" mais c’était toujours mieux que le pays d’où venait Syed ; et le départ d’Aktar est aussi sa défaite.

Mais plus que tout, ce qui me fascine c’est que l’immigration d’un individu est toujours une histoire de famille ; une histoire qu’on laisse, une histoire qu’on lègue. Chaque individu qui part, part pour lui, mais part surtout pour que les siens aient plus que lui, soient mieux que lui, plus grand, plus haut, plus fort. Mes parents ont toujours fait cet effort pour moi et je crois que tous les enfants d’immigration, proche ou lointaine portent en eux cette histoire familiale. La mienne, c’est le père de mon père faisant un branchement sauvage pour avoir de l’électricité.

Finalement, Monsieur Ali accepte que sa fille aille étudier à Cambridge, contre l’avis de sa famille, contre sa tradition mais dans le sens de l’histoire, la sienne, celle qui racconte qu’un jour il fit un choix, celui d’immigrer.




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